État d’urgence sanitaire : La CFE-CGC donne la parole aux agents et salariés du Public !

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Quelques témoignages … la vraie vie des agents et salariés

(Élisabeth)
‘’Bonjour. Moi j’ai la chance de travailler comme chargé de mission dans une administration en lien avec les entreprises. On a l’habitude de travailler chez soi ou au bureau. Depuis le confinement, avec le PCA on est la moitié du service à encore aller au bureau.
Les collègues avec charge de famille sont chez elles. Les célibataires ou avec de grands enfants vont au bureau. On alterne pour n’être jamais trop en même temps mais en pratique on se parle d’un bureau à l’autre en laissant les portes ouvertes.
On mange son casse-croûte au bureau et on évite de se croiser. Y’a pas mal de boulot car les entreprises ont besoin de renseignement comme le chômage partiel, les dérogations de reprise d’activité ou les déplacements ponctuels.
Ce qui change c’est dans les rues : on se croirait au mois d’août avec tous les restos et les bars fermés. Moi j’en profite pour venir au bureau à vélo. Mais quand t’es accro au sport, ça fait chier les piscines ou les salles fermées. Je devais faire un voyage aux vacances de printemps : le tour operator me propose de le faire à la Toussaint. Pas certain de vouloir aller en voyage après tout ça. Je me dis que j’ai de la chance car j’aurais déprimé dans mon studio ou pris 20 kilo.’’

(François)
‘’Une des caractéristiques de ce gouvernement c’est l’usage de la répression (sous diverses formes) pour répondre aux enjeux du moment. La tentation du totalitarisme est bien présente en France.
Et nos patrons n’ont pas donné un autre exemple. D’abord il a fallu continuer de venir au bureau comme si de rien n’était alors que certains trains étaient supprimés et que le restaurant administratif était fermé.

Au bout d’une semaine, on a changé de musique : plus question de venir à plus d’un par étage. Mon service c’est habituellement 30 personnes réparties sur 3 étages. Donc en deuxième semaine, on n’était plus que 3, mais on n’avait plus de boulot. C’est là où je dis totalitarisme : rien d’anticiper mais faut venir quand même, poser un post-it sur la porte de son bureau pour que la dame de ménage désinfecte le soir la poignée de porte, l’ordinateur et le clavier, attendre que la journée passe sans ordre.
On aurait pu nous réquisitionner pour une autre tâche : moi j’étais volontaire et en tant qu’ancien gendarme, je peux être utile. Mais personne ne m’a appelé. En troisième semaine, les patrons ont décidé de tout fermer et depuis je suis chez moi, sans nouvelle du boulot, à constater les dégâts économiques et les pertes humaines. La fille de ma compagne qui travaillait dans l’événementiel s’est fait licenciée, et mon père qui est en EHPAD n’a plus le droit de visite. Ma soeur y travaille et elle veille sur lui et les autres patients avec ses collègues. Elles vont finir par dormir sur place.
Quand on va reprendre, on nous demandera de donner des congés en solidarité, je suis prêt à parier. Au fait, on va perdre combien de RTT ?’’

(Marc)
‘’Pas de confinement pour moi, enfin je veux dire, pas de télétravail ! Je suis le seul du bureau à y aller tous les jours : j’habite tout près et j’ai pas d’ordi. Alors ça arrange tout le monde.
On ne chôme pas puisque notre service permet justement de soutenir le maintien de l’activité économique ou sa reprise. On est l’autre armée, celle de l’intendance et de la logistique.
Mon chef vient une fois par semaine pour qu’on fasse le point et pour signer les courriers. Les autres collègues sont tous en télétravail. C’est moi qui leur envoie les fonds de dossier et je tiens à jour les tableaux de bord. On a su s’adapter et c’est ça qui compte après tout.’’

(Grégoire)
‘’Ce qui est le plus frappant c’est le chaos général. Pas de nouvelles des chefs, aucune communication officielle à part les tweets du maire. On va pas se plaindre.
Mon beau-frère a été licencié car le son et lumière qui a lieu de mai à septembre est annulé. On va devoir annuler la cousinade de fin juin. C’est comme toutes les kermesses des écoles de la ville : c’est mon équipe des services techniques qui prépare les estrades et les transfos. Sinon on fait attention mais il n’y a pas de conoravirus ici.’’

(Manuela)
‘’Nous, les administratifs, on a été réquisitionnés dans la réserve opérationnelle au même titre que les actifs. Mais en commissariat, si t’as rien à faire, ils te trouvent de quoi faire.
Là, depuis une semaine on classe surtout les archives ! Mais c’est important d’être là au cas où.
Vivement les congés parce que c’est pas de tout repos.
L’autre jour on a aidé à distribuer les équipements téléphoniques pour les contrôles d’attestation de sortie.
On est habitués, c’est comme ça. C’est important de servir son pays.’’

(Étienne)
‘’Je suis infirmier en réanimation et soins intensifs depuis bientôt 15 ans j’ai choisi dès la sortie de l’IFSI cette affectation car j’aime l’action.
Ma situation personnelle est assez complexe même si je n’ai pas à m’en plaindre. Ma femme travaille dans la grande distribution et nous travaillons pendant le confinement.
Nous avons décidé de ne pas confier nos enfants aux structures d’accueil et de les garder à domicile. Nous pouvons nous relayer car j’ai quand même des journées de récupération même si les plannings de présence peuvent changer rapidement car du jour lendemain certains collègues sont en arrêt de travail. Pas souvent contaminés mais HS tout simplement.
Je ne reviens pas sur notre quotidien qui est assez bien écrit par tous les témoignages qu’on trouve en ligne ou à la télé comme l’aggravation d’une heure sur l’autre de patients qu’on pensait stables sans détresse respiratoire 3h avant.
Tiens, une raison de se mettre en colère :
On a appris que la dizaine de collègues volontaires venus nous aider d’autres régions n’auront pas la prime des personnels soignants. Si c’était vrai ce serait vraiment dégueulasse !
On a choisi avec ma femme de ne pas laisser nos enfants à mes beaux-parents car même si je suis bien protégé je suis très exposé et comme tous les collègues je me suis fait à l’idée qu’on finira par être contaminés.
Ma femme avec tous les clients n’est pas toujours rassurée.
Ce qu’on dit peu c’est qu’on doit refuser les patients qui ne sont pas victimes du covid, par exemple on a refusé une patiente assez jeune (<50 ans) en attente d’une dialyse. C’est un coup vraiment dur car personne ne fait notre métier pour laisser mourir des gens comme ça.
Les démarches administratives ont été compliquée et il a fallu plusieurs semaines avant d’avoir droit au taxi gratuit lorsque comme moi c’était hors de question de rester dormir sur place à l’hôtel.
On se défoule avec les collègues en faisant les défis tik tok et surtout en parlant sans cesse de ce qu’on ressent et on aura besoin encore pendant plusieurs mois d’en parler en cellule d’écoute.
Rien à voir avec le fameux syndrome vicariant des cellules d’urgence médico-psychologique du 13 novembre.
C’est pour moi la plus grande épreuve de ma carrière et je suis fier prime ou pas prime d’avoir mené ce combat mais il est loin d’être gagné. Le 11 mai, nos gamins n’iront pas à l’école pour protéger leurs maîtresses et camarades de classe.’’

Soutien juridique professionnel et vos témoignages : pole.public@cfecgc.fr
Le Pôle Public reste à votre disposition.

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