La CFE-CGC donne la parole aux agents et salariés du Public ! Quelques témoignages … la vraie vie des agents et salariés !

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(Natacha ; service au public décentralisé)
‘’Je ne suis pas très intéressée par les syndicats mais vous avez toujours pu répondre aux questions qu’on se posait dans le service, alors je vous dois bien cela.
C’est une bonne occasion de sortir aussi de chez soi, symboliquement j’entends.
Pour moi qui vis seule et qui sort d’une rupture, le covid-19 est arrivé au bon moment : j’avais besoin de m’isoler et je ne trouvais plus la force d’aller au travail. Bizarrement, j’ai pu me reposer sans avoir à demander à mon médecin un arrêt de travail. J’en avais besoin et j’ai surtout beaucoup dormi les premiers jours. J’avais et j’ai toujours une peur bleue de ce virus car tout le monde devient suspect. C’est pire que d’aller dans un quartier chaud en pleine nuit, je plaisante ! Mais c’est vrai, je l’avoue ça fout la trouille.

Pour ce qui est du travail, il fallait se porter volontaire, chose que je n’ai pas faite vous l’aurez compris. J’ai appris que les collègues ont dû y aller 3 fois pour 1 ou 2 rendez-vous à chaque fois seulement. Comme quoi il n’y avait pas de quoi s’alarmer et mobiliser tout le monde. Sinon pas de nouvelles de la hiérarchie, ni mail ni courrier ni sms. Je n’en réclame pas non plus.
Ce qui est fou, c’est qu’on tente avec cette histoire de télétravail de faire croire que la vie continue comme avant. Si c’est la guerre, normalement il faut partir au front si on est mobilisable. Plus tard, après la débâcle on avise. Les populations civiles fuient les zones de combat et cherchent à se protéger. Aujourd’hui c’est déjà comme en juin 1940 : c’est l’Occupation ! Bon c’est vrai j’ai fait des études d’histoire et comparaison n’est pas raison. Mais réfléchissons ensemble. L’ennemi est là, partout, invisible, non identifiable. Le confinement, c’est comme entrer en résistance. Les commentateurs peuvent bien expliquer que la guerre ce n’est pas exactement cela, mais quand un tiers de l’humanité subit la pandémie en se cloîtrant, quand le chef de l’Etat martèle lui-même ce constat, quand la reine Elisabeth II s’adresse à ses sujets, quand les tutos se multiplient pour nous apprendre à confectionner des masques, quand tout le quotidien via les médias est absorbé par cette seule préoccupation, alors oui, on ne peut nier qu’on est comme en guerre.
Depuis que j’ai décidé de reprendre un peu le dessus. J’ai passé plusieurs jours en peignoir sans prendre le temps de sacrifier à la séance de maquillage qui fait ma réputation ! Une question me hante.
Comment font les autres ? J’ai des relations distantes avec ma famille mais on a pris le temps de se téléphoner au moins une fois par semaine. Ma nièce ne fout rien selon sa mère, ma soeur aînée qui est professeur des écoles ! Après plusieurs engueulades, elle a renoncé : je crois qu’elle commence à accepter l’idée que la situation perturbe aussi les enfants ! Surtout qu’elle doit gérer ses élèves qu’elle appelle maintenant individuellement. Avec d’autres collègues, elles ont réagi aux propos insultants ? maladroits ? provocateurs ? des enseignants qui ne travaillent pas compte tenu de la fermeture des écoles en proposant des exercices sur le thème de la récolte des fraises.
On se défoule comme on peut.
Au final, le confinement c’est un électrochoc car on découvre que notre boulot n’est pas indispensable au fonctionnement de la nation et que la caissière a un rôle plus vital que nous, derrière nos bureaux à dire oui ou non, en fonction de règles qui peuvent pendant une crise sanitaire changer jour après jour.
Difficile de se dire que le jour d’après, on retrouvera tout ça passionnant et nourrissant. J’ai même pensé à la rupture conventionnelle mais je suis trop jeune. Mais, ça ne m’empêchera pas de quitter la vie rangée d’une fonctionnaire si j’ai l’occasion de me sentir plus utile ailleurs. Retrouver les chefs, les collègues plaintifs, les non pas maintenant, les non pas possibles, les de quoi je me mêle, non merci ! Je n’en veux pas aux autres car c’est moi qui n’accepte plus le jeu d’avant.
En tous les cas, comme on tourne en rond, les idées on les ressasse. Faudra qu’on nous donne nos congés parce que le confinement même si on ne bosse pas vraiment, c’est avant tout du stress permanent. Et ce n’est pas parce qu’on ne sera plus confinés qu’on sera du jour au lendemain libérés, délivrés ! Je crois sérieusement qu’on aura des dépressions ou du burn-out du confinement.
J’ai pensé au film Les Évadés avec Morgan Freeman et Tim Robbins. Ce n’est pas un film sur la prison mais sur le sens qu’on donna à sa vie. Dans la vie, les gens sont leurs propres geôliers, prisonniers de de leur quotidien, enfermés dans leurs habitudes. Ils ont renoncé à leur rêve, n’ont plus de but, encore moins d’idéal. Les Évadés, c’est un film qui célèbre l’amitié et montre comment au fil des ans elle peut transformer la vie.
Je sais ce que vous dites souvent : c’est un peu comme le syndicat, un lieu pour nouer des relations différentes. Peut-être…
Je dors assez mal mais je ne suis pas là pour me plaindre. Et puis, je peux faire la grasse mat tous les jours. Alors ça ou autre chose. Je n’aime pas tellement cuisiner mais là je tente des trucs. Mais j’ai horreur de faire les courses. J’ai ma voisine qui les fait pour moi, c’est sympa. J’ai retrouvé une copine sur Insta qui fait du yoga maintenant. Elle donne de bons conseils. Elle pense être utile. Elle l’est d’une certaine manière. Bon j’arrête là pour cette fois. Bonne suite et prenez soin de votre petite famille

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